Le niveau d'analyse de Comte-Sponville: fin de dîner de famille (le dimanche, après le digestif, avant la promenade). Ce type a trop mangé. Il ne pense plus. J'en suis gếné pour lui.
Begaudeau est une bête de débat. Outre son éloquence, sa capacité de synthèse, ses connaissances, il y a quelque chose qui le rend littéralement imbattable, c'est qu'il parle du réel. Il parle à partir d'observation, de choses objectives, et cela donne à sa pensée une sincérité de fait.
Quand Begaudeau dit publiquement à Comte Sponville : Vous mentez factuellement , il ne pouvait pas faire pire contre la crédibilité de ce vendeur mondain de soupes idéologiques frelatées . Et que l'avocat ait cru intelligent de venir en soutien au moment où le mensonge était démasqué confirmait l'incapacité de Comte- Sponville d'affronter seul et jusqu'au bout avec ses références culturelles et son intelligence son contradicteur plus éclairé , affûté et hardi .
Ce qui me fascine chez Francois Begaudeau est qu'aucune attaque ou aucun argument contradictoire ne peut le faire vaciller, ou ne parvient a déstabiliser sa pensée. Non pas parce qu'il serait obtus ou inflexible (peut-être l'est-il?) mais parce que son niveau d'alignement entre vecu , pensée et croyance est tel, que la cohérence qui en ressort rend cette pensée inébranlable. Il ne s'agit pas ici de donner raison ou tord à ses points de vue, mais de souligner la totale cohérence de sa pensée. Cohérence qui permet clarté, fluidité, mais aussi et surtout, justesse et expression parfaite de sa vérité et de sa réalité (les siennes propres), en plus de rendre le tout agréablement intelligible. Il vit ce qu'il pense et exprime ce qu'il vit avec tellement de foi et d'exactitude (en rapport a lui-meme) qu'il est impossible a ses contradicteurs de renverser sa pensée voire même de la démonter, l'option ne peut meme pas etre offerte. Il ne leur reste donc que la contradiction par l'approximation, la supposition ou par une tentative d'approche psychologique... Mais rien de tout ca ne convainc, car ces contradictions la sont rarement de l'ordre du factuel. Il est une de mes plus belles découvertes de ces 10 dernières années, je le trouve d'une authenticité touchante (parce que justement assumant qui il est) et apprécie qu'il ne craigne pas de se positionner à contre-courant. (du reste, comment pourrait-il le craindre avec un tel degré d'alignement!!!)
Heureusement qu'il y a François Bégaudeau, Thomas Porcher, Dominique Jamet et Arnaud Vivian ! Les autres incarnent à merveille le titre du dernier livre de Bégaudeau !
Begaudeau: "Oui... Au sens large"